Textes de l’exposition

MATERIAL MATTERS. De la fibre à la mode.

L’expression anglaise « MATERIAL MATTERS » se traduit de manière neutre par « questions de matière », mais peut également être interprétée de la façon suivante : « La matière est fondamentale ». En ce sens, l’exposition illustre des aspects fondamentaux d’une thématique passionnante qui nous touche tous littéralement, et se penche sur les matières premières textiles.

L’importance des matières textiles est mise en valeur à double titre : d’une part, l’accent est porté sur leur influence sur la mode de 1800 à nos jours. Si, d’autre part, les matières naturelles telles que le lin ou la laine (> La mode en fibres naturelles) ont longtemps prédominé, le développement des fibres synthétiques telles que le polyester et l’élasthanne (> La mode en fibres chimiques) a ouvert la voie à de nouvelles tendances.

Les principales matières premières actuelles sont présentées dans le > Cabinet des fibres, de leur production au traitement jusqu’aux tissus les plus variés. Compte tenu du débat social au sujet de l’environnement et de la consommation, le questionnement sur les matières aujourd’hui ne peut se limiter aux aspects de la mode. C’est pour cette raison que le Cabinet des fibres explore l’influence que la fabrication et le traitement des matières premières textiles peut avoir sur notre écosystème.

Matière et mode

Les questions de matière sont aussi des questions de mode. La mode, au sens de style vestimentaire qui change, est soumise aux influences les plus diverses. La matière utilisée pour la confection d’un vêtement est l’un des facteurs essentiels en termes de création, mais aussi de fonctionnalité du vêtement. Matière et mode sont de ce fait étroitement liées. Ainsi, l’histoire de la mode montre souvent que l’émergence de nouvelles matières avec des propriétés particulières a permis des innovations dans la mode. En revanche, les tendances de la mode et les secteurs du textile et de l’habillement privilégient certaines matières.

La mode en fibres naturelles

Pendant longtemps, nous avions principalement à disposition les fibres naturelles pouvant être cultivées sous nos latitudes. L’expansion des systèmes commerciaux a permis d’ouvrir la voie en Europe à des matières exotiques considérées comme des produits de luxe telles que la soie ou le coton. De plus, le commerce du textile a favorisé la diffusion du savoir-faire technologique et apporté un élan créatif.

Dès le XVIIIe siècle, l’augmentation de l’offre en coton a eu un impact particulièrement durable, puisqu’il a contribué à l’industrialisation et a considérablement accéléré les processus de production. Cela a notamment été le cas dans la région de Saint-Gall, où le commerce du lin était florissant à cette époque. Jusqu’au début du XIXe siècle, la transformation du coton s’est développée en Suisse orientale et est devenue un secteur économique porteur, qui a entraîné d’autres développements, notamment celui de la broderie, essentielle à la mode. Ce n’est qu’à partir de 1850 que le coton est devenu la matière première textile la plus répandue dans le monde. La fibre luxueuse d’autrefois faisait désormais partie du quotidien.

La mode en fibres chimiques

Les fibres fabriquées de manière artificielle ont apporté d’importants changements dans le secteur de l’habillement. Si, au début du XXe siècle, les premières soies artificielles étaient encore dans l’ombre des matières naturelles bien connues, elles sont rapidement devenues, au cours des années de guerre et de crise, des matières premières essentielles. Les fibres chimiques cellulosiques telles que la viscose ou l’acétate étaient des matières de substitution tout à fait adaptées pour remplacer des matières onéreuses et rares telles que la soie ou le coton. Leur développement a également servi de base à la fabrication des fibres synthétiques dès la fin des années 1930. Au cours du miracle économique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le polyamide et le polyester ont marqué la mode. Ces fibres ont offert des possibilités uniques tant sur le plan de la conception que de la fonctionnalité. Dans les années 1970, le choc pétrolier a entraîné une récession économique, incitant les citoyens à remettre en cause, au moins temporairement, la culture de la consommation et à réfléchir sérieusement à la question environnementale. Un débat qui perdure encore s’est ouvert à propos des avantages et des inconvénients des différentes fibres chimiques et naturelles. Aujourd’hui, plus que jamais, il s’agit de concilier les enjeux écologiques avec nos exigences en termes de mode et de confort et les perspectives de l’industrie du textile.

Le Cabinet des Fibres

Les tissus de nos vêtements sont composés de fibres textiles, que l’on classe en deux catégories : les fibres naturelles et les fibres chimiques. Les fibres naturelles sont soit d’origine animale, la laine et la soie par exemple, soit issues de plantes, comme le coton ou le lin. Les fibres chimiques synthétiques, de plus en plus présentes dans nos vêtements, sont fabriquées à partir de pétrole brut, contrairement aux fibres chimiques cellulosiques fabriquées à partir de bois ou d’autres matières cellulosiques.

Les étapes de préparation varient selon les fibres : certaines fibres naturelles telles que le coton ne mesurent que quelques centimètres et doivent être filées avant d’être transformées. D’autres fibres telles que les fibres de soie ou chimiques peuvent également être utilisées sous une forme non filée. La plupart des vêtements d’aujourd’hui sont composés de matière tissée ou tricotée. La variété des matières premières, le choix des fils utilisés ainsi que le recours à différentes techniques de tricotage et de tissage, nous permettent d’avoir un large choix de tissus, en partie présenté dans notre cabinet. La beauté des textiles et l’attrait pour les vêtements tendance ne doivent pas nous faire oublier que nos habits ont un impact sur l’environnement. Si l’on veut mieux valoriser les vêtements, il est primordial d’avoir de bonnes connaissances des matières textiles et des processus de production, coûteux et gourmands en ressources. C’est un premier pas vers une consommation individuelle plus durable.